Coalition pour les droits des femmes en situation de conflits

Lettre à Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies

Concernant le renouvellement du mandat de Carla Del Ponte comme procureure du Tribunal pénal international pour le Rwanda

Monsieur Kofi Annan,
Secrétaire général des Nations Unies
Conseil de gestion du Secrétaire général
Nations Unies #S-3800
New York, NY 10017

Montréal, 24 juillet 2003

Monsieur le Secrétaire général,

Etant donné que le renouvellement du mandat de Carla Del Ponte en tant que procureure du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) sera à l'ordre du jour du Conseil de sécurité d'ici peu, nous désirons dans cette lettre exprimer notre vive inquiétude face au traitement des crimes de violence sexuelle par le Bureau du Procureur au cours du mandat de Carla Del Ponte.

La procureure Del Ponte ne traite toujours pas les crimes de violence contre les femmes avec le même sérieux que tous les autres crimes relevant de sa compétence - et ce malgré les preuves accablantes et connues d'actes de violence sexuelle perpétrés durant le génocide de 1994 au Rwanda. Si les femmes qui ont enduré les sévices sexuels qui ont caractérisé le génocide rwandais ne peuvent toujours pas obtenir justice devant le TPIR, c'est en grande partie parce que le Bureau du Procureur montre peu d'empressement à faire enquête sur les crimes de violence contre les femmes et à énoncer les actes d'accusation qui s'imposent.

Tout en trouvant encourageant que dans plus de la moitié des actes d'accusation existants, les chefs d'accusation de viol aient été retenus, nous avons constaté avec inquiétude, durant votre mandat, certaines tendances susceptibles d'entraîner l'exclusion ou la fragilisation des poursuites pour viol, ce qui aboutirait à un déni de justice pour les victimes de viol rwandaises. Voici quelles sont ces tendances :

L'évolution de l'affaire Cyangugu est elle aussi inquiétante. Le Bureau du Procureur détient pourtant des preuves solides de violences sexuelles et s'est engagé publiquement à intégrer des chefs d'accusation de viol, mais il ne l'a pas encore fait. Dans sa réponse à une demande d'autorisation d'intervenir à titre d'amicus curiae, en date du 8 mai 2001, Mme DelPonte déclarait son intention d'inclure dès que possible de nouveaux chefs d'accusation relatifs à des viols à l'endroit des accusés Emmanuel Bagambiki et Damuel Imanishimwe. Près de deux ans ont passé et la Procureure n'a toujours pas honoré sa promesse alors que le procès touche à sa fin. Les victimes de viol que nous avons rencontrées à Cyangugu en janvier 2003 ressentent ce manquement comme une trahison. Considérant que Mme DelPonte les avait fait venir pour témoigner des viols qu'elles ont subis en leur promettant qu'elles obtiendraient justice, son inaction équivaut à un déni flagrant de justice.

Nous sommes profondément inquiètes qu'à moins que des mesures efficaces soient prises immédiatement pour rectifier cette situation, les femmes rwandaises ne puissent obtenir justice de la part du TPIR. Non seulement les femmes rwandaises ne recevront pas la justice à laquelle elles ont droit, mais qui plus est si le tribunal rend une série d'acquittements concernant les mises en accusation de viol alors ce tribunal aura non seulement ignoré les crimes perpétrés contre les femmes, mais aura dans les faits nié la simple existence de ces crimes. Ceci résulterait dans un sérieux dysfonctionnement de la justice.

Nous vous exhortons de prendre ces préoccupations en considération lors de votre décision concernant le possible renouvellement du mandat de Mme Del Ponte comme Procureur auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Sincèrement,

Ariane Brunet
Coordinatrice, Droits des Femmes
Droit et Démocratie
Pour la Coalition

Rwanda

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Tribunal pénal international pour le Rwanda
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(site officiel)